Pourquoi cette course contre la montre autour de l’aéroport de Kleïate? Alors qu’un appel d’offres international venait tout juste d’être annoncé pour la réhabilitation du site, une proposition visant à confier directement les opérations de déblaiement, de réhabilitation et de gestion à la Middle East Airports Services (MEAS) surgit à l’agenda gouvernemental. Une volte-face qui interroge.
Le 7 janvier, le président de la commission parlementaire des Travaux publics et de l’Énergie, Sagih Atiyé, affirmait à Al-Markazia qu’un appel d’offres international serait lancé «dans les deux semaines». Quelques jours plus tard, changement de cap: le ministre des Travaux publics et des Transports, Fayez Rasamny, soumet une proposition en faveur d’une attribution à la compagnie nationale. Officiellement, le projet est étayé par des justifications détaillées. En pratique, le calendrier et les critères de sélection restent flous.
Selon des sources proches du ministère interrogées par Ici Beyrouth, plusieurs entreprises internationales ont pourtant manifesté leur intérêt, sans qu’aucune information ne filtre sur la suite du processus. De quoi raviver les doutes autour d’un dossier ancien, régulièrement relancé, rarement tranché.
Pour rappel, le projet d’aéroport civil de Kleïate a été décidé politiquement dès 1989. Mais il n’a réellement pris forme qu’à partir de 1997, avec une étude de faisabilité confiée à la société américaine Parsons Brinckerhoff, qui recommandait déjà un partenariat public-privé de type BOT. Près de trois décennies plus tard, la méthode d’attribution reste, elle aussi, au cœur du débat.
Rasamny demande le feu vert pour lancer l’aéroport de Kleïate
Fayez Rasamny a demandé l’autorisation de confier au Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) un contrat de gré à gré avec la société MEAS pour réaliser les travaux de réhabilitation et de maintenance initiale de l’aéroport de Kleïate, également connu sous le nom de René Mouawad, en vue de son ouverture progressive.
Cette démarche s’appuie sur la loi sur les marchés publics (article 46, paragraphe 1), et le financement proviendra des crédits disponibles, notamment 20% des frais de sortie des passagers, conformément à la loi n° 303 du 8 août 2022 et ses amendements.
Par ailleurs, le ministère sollicite le versement du premier paiement destiné à l’exécution des travaux, d’un montant de 15 millions de dollars, conformément au décret n° 11756 du 8 janvier 1963. Ce décret autorise le gouvernement, par décision du Conseil des ministres, à transférer des fonds d’une administration à une autre ou vers un organisme indépendant, garantissant ainsi la continuité et la rapidité de l’exécution du projet.
Pour rappel, MEAS est la filiale opérationnelle du transporteur national Middle East Airlines (MEA), qui assure notamment les services aéroportuaires et la gestion technique des infrastructures.
Pourquoi MEAS est la clé pour l’ouverture de l’aéroport?
Le ministre des Travaux publics et des Transports accompagne sa demande d’arguments détaillés destinés à justifier le choix de l’opérateur et les objectifs du projet. Pour garantir une ouverture rapide et sécurisée, l’État doit faire appel à une société expérimentée, capable de passer sans délai de la réhabilitation à l’exploitation, sans risques pouvant retarder le lancement ou compromettre la sécurité.
MEAS remplit parfaitement ce rôle. Depuis 1998, elle assure la réhabilitation, la maintenance et l’exploitation de l’aéroport international de Beyrouth et possède une expertise complète dans la gestion d’un aéroport civil libanais. Elle peut également uniformiser les standards opérationnels entre Beyrouth et Kleïate, intégrer techniquement les infrastructures et accélérer les travaux sans périodes longues de formation ni transfert de connaissances, souligne le texte de la proposition.


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