Ces dernières semaines, plusieurs quartiers de Beyrouth ont été le théâtre d’un phénomène inquiétant aux allures d’escroquerie organisée. En effet, une bande se faisant passer pour des livreurs cible directement les concierges d’immeubles, via une méthode nouvelle qui suscite de sérieuses préoccupations en matière de sécurité quotidienne et de cohésion sociale
Selon des informations obtenues par Houna Loubnan, les membres de ce réseau pénètrent dans des zones résidentielles vêtus d’uniformes similaires à ceux des services de livraison, profitant de la banalisation de ce type de présence dans la vie quotidienne. Ils se dirigent ensuite vers le concierge, prétendant qu’un résident de l’immeuble a une commande en attente, et lui demandent s’il peut la réceptionner pour la lui remettre ultérieurement.
Ce procédé, en apparence anodin, se transforme en piège bien rodé lorsque le faux livreur exige le paiement immédiat de la commande. De bonne foi, plusieurs concierges tombent dans le panneau: ils règlent le montant demandé et acceptent le colis, avant de découvrir que le résident concerné n’a jamais passé de commande, et que le contenu du paquet ne correspond en rien à la somme versée.
Dans le quartier de Ras el-Nabeh, un concierge témoigne auprès de Houna Loubnan de sa mésaventure avec un prétendu livreur. L’homme l’avait approché en mentionnant le nom d’un résident de l’immeuble et en affirmant détenir une commande à son intention. Il a demandé au concierge de réceptionner le colis contre un paiement de 42 dollars, que ce dernier a versé sans hésiter.
Sa surprise a été totale lorsqu’il a contacté le résident concerné, qui a nié avoir passé la moindre commande. À l’ouverture du colis, le concierge a découvert un collier de pacotille, d’une valeur dérisoire, révélant l’escroquerie. Dépité, il confie s’être senti trahi, soulignant que la bande avait exploité sa confiance et son manque d’expérience dans un but purement frauduleux.
Un scénario similaire s’est déroulé dans le quartier de Barbir, où un autre concierge a versé 38 dollars à un prétendu livreur pour une commande supposément destinée à un habitant de l’immeuble. Après vérification, il s’est avéré que le voisin n’avait rien commandé et que le colis ne contenait qu’un simple verre, d’une valeur dérisoire.
Ces incidents confirment l’utilisation d’un mode opératoire identique dans plusieurs zones de la capitale.
Face à ces occurrences, des sources sécuritaires assurent suivre le dossier de près, mettant en garde contre le danger de ces pratiques: «ces gangs opèrent de manière hautement organisée. Ils exploitent la confiance des concierges et des résidents, utilisent des uniformes crédibles et disposent d’informations préalables sur les noms et les lieux». «Nous avons enregistré des cas similaires dans plusieurs quartiers.
Nous appelons donc les concierges victimes de ces escroqueries à déposer plainte auprès des forces de l’ordre, afin de permettre l’identification des personnes impliquées et des méthodes employées. Il est également recommandé de ne verser aucune somme avant de vérifier directement auprès des résidents que la commande leur revient,» ajoute cette même source.
Le danger ne se limite pas aux pertes financières des concierges. La nature organisée de ces escroqueries et la collecte systématique d’informations sur les habitants et leurs identités suscitent des inquiétudes quant à une éventuelle utilisation de ces données à des fins criminelles plus graves, d’autant plus dans un contexte de contrôle limité et de suivi insuffisant.
Dans ce contexte, des observateurs mettent en garde contre toute banalisation de ces pratiques. L’usurpation de l’identité de livreurs pourrait constituer une porte d’entrée vers des crimes plus sérieux. Ils appellent à une vigilance accrue: ne réceptionner aucune commande sans confirmation directe de son propriétaire, vérifier la société de livraison en cas de doute et la contacter si nécessaire, tout en alertant immédiatement les forces de sécurité en cas de répétition de tels incidents.
Dans une ville déjà accablée par de lourdes crises économiques et sociales, les opérations frauduleuses sont autant de fardeaux supplémentaires pour les catégories les plus vulnérables, à commencer par les concierges d’immeubles, désormais confrontés à des gangs qui exploitent à la fois la confiance et la précarité.
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