Une intense vague de froid s’apprête à provoquer des chutes de neige, de la grêle et du verglas sur une grande partie du Canada ainsi que sur le centre et l’est des États-Unis à partir de vendredi, alors qu’un vortex polaire entraîne l’air arctique vers le sud.
Voici ce qu’il faut savoir.
Qu’est-ce que le vortex polaire?
Le vortex polaire est une masse d’air froid qui circule dans le sens antihoraire en haute altitude au-dessus de l’Arctique, dans la stratosphère, à environ 10 à 50 kilomètres au-dessus de la surface terrestre.
Lors d’un hiver classique, il forme un système relativement compact et circulaire qui aide à confiner l’air le plus froid au niveau du pôle Nord.
«Habituellement, le vortex tourne tranquillement sans avoir beaucoup d’effet sur notre météo, mais il se déplace ou s’étire parfois vers le sud, au-dessus de l’Amérique du Nord, apportant le froid avec lui», explique à l’AFP Jennifer Francis, chercheuse au Woodwell Climate Research Center.
Que se passe-t-il quand il s’étire?
Il arrive que de grandes ondes atmosphériques se forment plus près du sol et déstabilisent le vortex polaire en se propageant vers le haut.
Plutôt que de se décomposer complètement – comme lors d’épisodes spectaculaires appelés «réchauffement stratosphérique soudain» – le vortex peut s’étirer pour prendre une forme plus ovale.
«Imaginez un élastique sur lequel on tire», illustre Judah Cohen, climatologue au Massachusetts Institute of Technology (MIT).
«Cela permet à l’air froid de s’étendre beaucoup plus au sud, comme cette semaine aux États-Unis», ajoute-t-il auprès de l’AFP.
Météorologue à l’Université de l’Oklahoma, Jason Furtado explique que ces événements durent un peu moins longtemps que les effondrements complets du vortex mais «peuvent être aussi intenses, voire même plus intenses», en particulier pour l’Amérique du Nord.
De récentes recherches menées par Judah Cohen ont ainsi montré que ce type de phénomène, lorsque le vortex polaire s’étire vers le sud, se traduisait plus souvent par des épisodes de froid extrême et des fortes chutes de neige dans l’est des États-Unis que les autres types de perturbations du vortex.
Le changement climatique rend-il ces épisodes plus fréquents?
La question n’est pas tranchée par les scientifiques.
Il existe un large consensus – reflété dans les travaux du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) – selon lequel l’Arctique se réchauffe beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale, en raison d’un phénomène d’«amplification».
Judah Cohen souligne toutefois que ce réchauffement n’est pas uniforme. Et ces déséquilibres ont leur importance: ils accentuent selon lui les différences de température à travers l’Eurasie, renforçant les grandes ondes atmosphériques qui se propagent vers le haut et «percutent» le vortex polaire, le poussant à son tour à s’étirer au-dessus de l’Amérique du Nord.
«Des études suggèrent que ces anomalies se produisent plus souvent dans un monde qui se réchauffe, ce qui favorise des phénomènes hivernaux extrêmes plus fréquents», indique Jennifer Francis.
Les observations des 20 dernières années montrent effectivement une augmentation de ces événements, constate Jason Furtado, qui met toutefois en garde contre des conclusions trop tranchées les reliant directement au changement climatique d’origine humaine.
«À mon avis, il est plus difficile d’établir cette connexion sur une période plus longue, simplement parce que je pense que nous n’avons pas assez de données.»
Par Issam AHMED, AFP



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