Qui était Rifaat el-Assad, le «boucher de Hama»?
©Ici Beyrouth

Rifaat el-Assad est mort ce mercredi, a annoncé l’agence Reuters. Frère cadet de l’ancien président syrien Hafez el-Assad et oncle de Bachar el-Assad, Rifaat a incarné pendant des décennies à la fois le pouvoir militaire et la brutalité du régime syrien. Son nom restera associé aux répressions sanglantes de l’histoire moderne de la Syrie, ainsi qu’à une longue période d’exil en Europe.

Jeunesse et formation

Né le 22 août 1937 à Qardaha, dans une famille alaouite, Rifaat el-Assad étudie les sciences politiques et l’économie à l’université de Damas. Il complète sa formation dans plusieurs académies militaires soviétiques, notamment l’école d’artillerie de Iekaterinbourg, et devient rapidement un officier clé de l’armée syrienne.

Très tôt, il se distingue par sa loyauté envers le parti Baas et son frère Hafez, participant activement au renversement de Salah Jadid en 1970.

Ascension militaire et politique

En 1971, Rifaat fonde les «Compagnies de défense», une unité paramilitaire d’élite armée et formée par l’Union soviétique, qui devient rapidement un pilier de la sécurité intérieure syrienne. Il joue un rôle central dans la « Révolution corrective » de 1970, le coup d’État par lequel son frère Hafez al‑Assad prend le pouvoir en Syrie, et occupe, à partir de 1984, le poste de vice-président.

Rifaat crée également la «Ligue des diplômés supérieurs», un réseau culturel et académique, démontrant son intérêt pour le rayonnement social et politique au-delà de l’armée.

Le massacre de Hama et la réputation de «boucher»

Rifaat est surtout connu pour son rôle dans la répression du soulèvement des Frères musulmans à Hama en février 1982. Commandant des forces de l’armée qui bombardent la ville avec des roquettes BM-21 Grad, il est responsable de la mort de dizaines de milliers de civils. Ce massacre lui vaut le surnom de «boucher de Hama».

Il est également impliqué dans d’autres opérations sanglantes, comme le massacre de la prison de Tadmor en 1980. Rifaat a toujours nié sa responsabilité directe, mais la communauté internationale le considère comme un acteur clé de ces violences.

Le coup d’État raté et l’exil

En 1984, profitant de la maladie cardiaque de Hafez, Rifaat tente de prendre le contrôle de Damas avec plus de 55 000 hommes et des blindés. L’affrontement est évité lors d’une rencontre privée avec son frère, et Rifaat est contraint à l’exil.

Il s’installe en Europe, principalement à Paris, Londres et Marbella, où il mène une vie luxueuse et entretient un vaste réseau immobilier. Durant ces décennies, il tente à plusieurs reprises de s’imposer comme alternative au pouvoir des Assad, sans succès.

Affaires judiciaires et retour en Syrie

Rifaat a fait l’objet de poursuites en Europe pour blanchiment d’argent et crimes de guerre liés au massacre de Hama. Condamné en France et poursuivi en Suisse, il échappe à la prison et conserve néanmoins son influence financière. En octobre 2021, à 84 ans, il retourne à Damas, autorisé par Bachar el-Assad pour éviter une arrestation en France. Le déclin du régime en 2024 le pousse ensuite à fuir vers le Liban, puis à Dubaï.

Marié quatre fois, Rifaat el-Assad a noué des alliances avec plusieurs familles influentes alaouites et arabes à travers ses mariages et ceux de ses enfants. Son fils Ribal el-Assad est un activiste politique basé à Paris.

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