L’Iran et sa terre se meurent en silence

La pression américaine sur l’Iran, dans la phase à venir, ne se limitera pas à l’option militaire. Elle s’exercera surtout à travers un levier géopolitique autrement plus insidieux: l’arme climatique et la pénurie d’eau, auxquels s’ajoutent des sanctions qui bloquent l’accès aux technologies modernes d’irrigation et aux énergies renouvelables, ainsi qu’une asphyxie économique et pétrolière. Autant de vulnérabilités majeures qui fragiliseront davantage le régime.

Alors que les cercles politiques régionaux sont absorbés par les dossiers brûlants du Moyen-Orient, la question des manifestations populaires en Iran s’impose comme le seul titre dominant de l’actualité. Tandis que tous les regards sont braqués sur la crise interne iranienne et sur l’éventualité d’un changement de régime porté par la rue, une autre crise, tout aussi grave, se développe en parallèle, menaçant directement la vie, davantage encore que la répression, les arrestations ou les morts.

Il s’agit de la «crise de la soif», qualifiée par les experts en début de l’année 2026 de «faillite hydrique totale». Une situation qui place le pays à un tournant historique, susceptible de redessiner sa géographie et sa démographie. Loin d’être une simple crise environnementale passagère, elle marque l’entrée de l’Iran dans une phase de mutation profonde. Avant même le déclenchement des manifestations, plusieurs responsables iraniens avaient averti que la capitale, Téhéran, qui abrite près de 15 millions d’habitants, faisait face à un risque «d’évacuation forcée» en raison de l’épuisement des barrages et des nappes phréatiques. Un scénario considéré comme l’un des plus catastrophiques jamais envisagés par les autorités.

Parmi les menaces les plus graves auxquelles l’Iran est aujourd’hui confronté figure le phénomène de l’«affaissement des sols», qui engloutit les infrastructures à Ispahan et à Téhéran. Le lac d’Ourmia, désormais asséché, est devenu une source de tempêtes salines toxiques. Plus de 60 zones humides se sont transformées en déserts arides, faisant perdre au pays son équilibre climatique local, dans ce que l’on appelle désormais la «mort silencieuse» de la terre.

Dans ce contexte, la sécheresse s’est muée en une véritable bombe à retardement démographique. Selon les données actuelles font état de vastes vagues de migrations forcées de milliers de villageois quittant l’est et le sud du pays pour le nord, créant des «ceintures de misère» et des bidonvilles qui exercent une pression accrue sur des services urbains déjà délabrés. À cela s’ajoute la colère populaire face à la gestion catastrophique des ressources hydriques et des barrages, responsable de coupures d’eau et d’électricité à répétition. Tandis que la terre se meurt sous les pieds des Iraniens, le régime concentre son énergie sur la répression des civils, le programme nucléaire et le soutien de ses relais régionaux, du Liban au Yémen, en passant par l’Irak et la Syrie.

Dans ce cadre, des sources spécialisées dans le dossier iranien ont confié à Houna Loubnan que les revendications environnementales dans des villes comme le Khuzestan et Ispahan se sont progressivement transformées en slogans politiques appelant au changement. Selon ces dernières, la «mauvaise gouvernance» constitue la véritable cause de l’assèchement des fleuves. Cette crise conduira, sur le plan politique, à une érosion accélérée de la légitimité du régime iranien, qui a privilégié les projets sécuritaires et industriels au détriment de la sécurité alimentaire et hydrique, révélant ainsi un échec structurel dans la gestion du pays. De mêmes sources, on souligne que l’intensification de la «guerre de l’eau» entre provinces menace la cohésion nationale et contraindra Téhéran à adopter une diplomatie de nécessité avec des pays voisins comme l’Afghanistan et la Turquie, afin de garantir ne serait-ce qu’une part minimale des quotas hydriques.

Toujours selon ces sources, la pression américaine sur l’Iran ne se limitera pas à l’option militaire. Elle passera également par l’arme climatique, la pénurie d’eau et les sanctions qui bloquent l’accès aux technologies modernes d’irrigation et aux énergies renouvelables, ainsi que par l’asphyxie économique et pétrolière. Autant de vulnérabilités qui fragiliseront davantage le régime et faciliteront la mobilisation du peuple iranien pour accentuer la pression en vue de sa chute, imposer un changement et façonner une nouvelle réalité politique en Iran et dans la région.

Une région elle-même durement affectée par le changement climatique et la raréfaction de l’eau: la Syrie, par exemple, a subi six années consécutives de sécheresse; l’Irak s’apprête à affronter un été particulièrement rude en 2026 en raison de la baisse des flux hydriques en provenance de Turquie. De même, le différend persistant entre l’Égypte et le Soudan, d’un côté, et l’Éthiopie, de l’autre, autour du fonctionnement du barrage de la Renaissance, fait de la sécurité de l’eau une question existentielle.

Quant à la Chine, sur laquelle l’Iran compte, elle se retrouve elle-même confrontée à une grave crise hydrique liée à l’utilisation massive de l’eau dans les technologies au détriment de l’irrigation et de l’agriculture. Certains analystes mettent en garde: le financement chinois de projets de barrages dans des zones de tension, comme l’Iran, pourrait compliquer davantage l’aboutissement d’accords équitables de partage des eaux avec les pays en aval.

La sécheresse et la soif deviendront-elles ainsi de nouveaux instruments pour encercler un Iran dont le gouvernement a déjà mis en garde contre un «jour zéro» à Téhéran, après que la mauvaise gestion et l’épuisement de 90 % des eaux souterraines ont fait planer la menace d’évacuer des villes entières? Le pays se retrouvera-t-il face à une nouvelle impasse, susceptible d’embraser davantage la rue et d’alimenter une colère populaire qui réclame aujourd’hui liberté et démocratie?

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