Le pouvoir iranien a profondément durci sa politique de contrôle d’internet, abandonnant la censure de masse au profit d’un système d’«isolation numérique absolue», selon un rapport publié jeudi 15 janvier par Filter Watch, un projet indépendant de surveillance de la censure en ligne en Iran. L’étude, rendue publique alors que le pays a fait face à des protestations d’ampleur au cours des dernières semaines, décrit une transformation structurelle de l’infrastructure numérique du pays.
Selon Filter Watch, les autorités iraniennes ont engagé un projet confidentiel visant à convertir l’internet national en un réseau fermé de type intranet, qualifié de «Barracks Internet». Dans ce système, l’accès au web international ne serait plus un droit mais un privilège accordé par l’État, réservé à des utilisateurs disposant d’autorisations sécuritaires spécifiques et inscrits sur une «liste blanche».
Le rapport affirme que ce projet est piloté par des responsables de haut niveau du secteur des télécommunications et de la sécurité, et qu’il marque une rupture durable. Selon les informations de Filter Watch, certaines sources gouvernementales, dont Fatemeh Mohajerani, porte-parole du gouvernement, ont confirmé qu’aucune réouverture de l’accès à l’internet international n’est prévue avant le nouvel an perse (Nowruz 1405, soit mars 2026) et que, même après cette date, l’accès des utilisateurs à l’internet international ne retrouvera jamais sa forme antérieure.
Cette nouvelle stratégie se serait accompagnée de sanctions internes. Filter Watch affirme avoir confirmé le limogeage du directeur général de l’opérateur Irancell dimanche, accusé de «trahison» pour avoir tardé à appliquer des ordres de coupure de la connectivité. Dans le même temps, des partenaires technologiques étrangers auraient quitté discrètement l’Iran, laissant place à des acteurs liés à l’appareil sécuritaire.
Le rapport fait également état d’un renforcement massif des capacités de surveillance technique. Des entreprises de sous-traitance sécuritaire travailleraient à l’identification et au blocage ciblé des réseaux privés virtuels (VPN), notamment ceux transitant par des terminaux satellitaires comme Starlink, grâce à des technologies d’inspection approfondie des paquets de données.
Au-delà des frontières, Filter Watch évoque une «exportation de la censure»: des utilisateurs iraniens à l’étranger signalent que leurs connexions en itinérance restent limitées au réseau national iranien, suggérant une extension extraterritoriale des mécanismes de filtrage.
Les conséquences économiques sont décrites comme immédiates et sévères. L’effondrement du commerce électronique aurait entraîné la paralysie de chaînes logistiques entières. Une grande entreprise privée de livraison, qui traitait auparavant des centaines de milliers d’envois quotidiens, n’en enregistrerait plus que quelques centaines depuis la coupure quasi totale de l’internet.
Selon Filter Watch, cette politique ne se traduit pas seulement par des pertes financières, mais aussi par une montée rapide du chômage, touchant des milliers de travailleurs du secteur logistique et numérique, dans un pays déjà fragilisé par les sanctions et la crise économique.



Commentaires