L’armée syrienne a annoncé samedi que ses forces avaient pris le contrôle de larges zones à l’est de la ville d’Alep après que les forces kurdes ont accepté de se retirer à la suite de récents affrontements.

Cette avancée intervient un jour après que le président Ahmed el-Chareh a publié un décret faisant du kurde une «langue nationale» et accordant une reconnaissance officielle à cette minorité, dans un geste apparent de bonne volonté, bien que les Kurdes aient estimé que cela restait en deçà de leurs attentes.

Les États-Unis soutiennent les Kurdes depuis des années tout en appuyant les nouvelles autorités syriennes. L’émissaire américain Tom Barrack se trouvait samedi à Erbil pour rencontrer Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), selon une source de la présidence de la région autonome du Kurdistan irakien citée par l’AFP.

Un correspondant de l’AFP à Deir Hafer, à environ 50 kilomètres à l’est d’Alep, a observé plusieurs combattants des FDS quittant la ville, tandis qu’un grand nombre d’habitants déplacés retournaient sur place sous la forte présence de soldats et de forces de sécurité.

Mazloum Abdi avait déclaré vendredi qu’il redéploierait ses forces à l’est du fleuve Euphrate «à la suite d’appels de pays amis et de médiateurs».

Dans des déclarations à la télévision d’État, l’armée syrienne a affirmé avoir pris le contrôle de «34 villages et localités» à l’est d’Alep, dont les villes stratégiques de Deir Hafer et Maskana, ainsi qu’un aéroport militaire.

Cependant, elle a accusé les FDS d’avoir violé l’accord en attaquant une patrouille de l’armée près de Maskana, «tuant deux soldats».

Elle a également indiqué avoir assuré la sortie de «plus de 200 combattants des FDS avec leurs armes».

Décret présidentiel

De leur côté, les FDS ont accusé Damas de ne pas avoir respecté l’accord, affirmant que l’armée était entrée dans les villes de Deir Hafer et Maskana «avant que nos combattants ne se soient complètement retirés, créant une situation extrêmement dangereuse».

L’armée syrienne avait renforcé sa présence autour de Deir Hafer après avoir chassé les forces kurdes d’Alep à la suite d’affrontements meurtriers la semaine précédente.

Elle avait exigé que les FDS évacuent la zone située entre Deir Hafer et l’Euphrate, environ 30 kilomètres plus à l’est, ainsi que les secteurs au sud.

Le gouvernement syrien dirigé par des islamistes cherche à rétablir son autorité sur l’ensemble du pays depuis la chute de l’ancien dirigeant Bachar el-Assad fin 2024.

Les progrès dans l’application de l’accord conclu en mars pour intégrer l’administration autonome kurde et ses forces dans l’État syrien ont toutefois été ralentis par des divergences, notamment sur la demande kurde d’un système décentralisé.

L’annonce de Chareh vendredi constitue la première reconnaissance officielle des droits des Kurdes depuis l’indépendance de la Syrie en 1946.

Le décret précise que les Kurdes sont «une partie essentielle et intégrante» de la Syrie, où ils ont subi des décennies de marginalisation.

Il reconnaît le kurde comme langue nationale enseignable dans les écoles publiques des régions à forte présence kurde et accorde la nationalité à tous les Kurdes, dont 20 % en avaient été privés à la suite d’un recensement controversé en 1962.

«Creuser un fossé»

L’administration kurde du nord et du nord-est de la Syrie a qualifié ce décret de «première étape», tout en soulignant qu’il «ne répond pas aux aspirations et aux espoirs du peuple syrien».

À Qamishli, principale ville kurde du nord-est, un habitant a déclaré à l’AFP: «Nous voulons une reconnaissance constitutionnelle des droits du peuple kurde».

Selon Nanar Hawach, analyste principal pour la Syrie à l’International Crisis Group, ce décret «offre des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire».

Il estime que Damas cherche «à creuser un fossé entre les civils kurdes et les forces armées qui les gouvernent depuis une décennie».

Les forces kurdes contrôlent de vastes régions du nord et du nord-est syrien, riches en pétrole, qu’elles ont conquises durant la guerre civile et la lutte contre le groupe État islamique.

AFP

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