Non, les révolutions ne sont pas l’œuvre exclusive des femmes, mais elles en incarnent l’âme. La quintessence de la vie se révèle lorsqu’on prête l’oreille à cette voix intérieure. Quand une femme se soulève, son geste prend une saveur particulière, des élans qui ressemblent à une prière dans un monde sombre et opprimé, rongé par mille injustices.
Les femmes de notre monde se révoltent partout: en Iran, en Syrie, au Liban, en Irak, en Égypte, en Algérie… Dans ces lieux assombris par l’injustice, elles rappellent que la lutte pour la liberté a un visage féminin.
Nous n’avons pas oublié la révolution féminine au Liban, ni celle des kurdes en Syrie. Et nous nous souviendrons longtemps de ces jeunes Iraniennes qui embrasent la révolte, cigarette à la main et volonté farouche. Ces images, malgré la douleur qu’elles véhiculent, rappellent qu’au cœur des sociétés tourmentées, la femme est l’héroïne, non la victime.
S’apitoyer sur le passé ou se contenter de partager des clichés douloureux, comme ceux de cette jeune Kurde précipitée du haut d’un immeuble, ou celui de Mahsa Amini, détenue par la «police des mœurs» en Iran jusqu’à sa mort, serait insuffisant. Les femmes qui choisissent la révolution avec leurs propres moyens incarnent une certitude chère à Che Guevara: «il est stupide de penser que la révolution peut être vaincue.» Et c’est suffisant pour continuer.
Depuis la revendication d’indépendance des Kurdes dans le nord-est de la Syrie, nous avons vu ces jeunes femmes kurdes défendent leur existence. Elles sont depuis toujours «des sœurs dans la lutte» et scandent depuis la Syrie, l’Iran, l’Irak: « Jin, Jiyan, Azadi » ( Femme, Vie, Liberté). Un observateur a écrit : «Les combattantes kurdes comptent parmi les femmes les plus belles et les plus honorables du monde.» Elles croient en leur rôle central dans la révolution, et les hommes leur font confiance, en public comme en privé.
Dans l’adversité, les femmes se révèlent mille fois plus puissantes qu’un homme. En Iran, on recense au moins dix millions de Kurdes. Mais la révolution féminine ne se limite pas à eux : elle rassemble tous ceux qui luttent pour un pays véritable, pour la liberté, la justice et l’égalité. Et, comme souvent, la femme se trouve en première ligne. N’est-ce pas elle qui, berçant l’enfant d’une main, peut ébranler le monde de l’autre ? Oui, une cigarette allumée par une femme a suffi à brûler l’illusion d’un régime persuadé que l’injustice durerait éternellement.
Le monde se souvient de Mahsa Amini, tuée en 2022 pour avoir enfreint le code vestimentaire. Les protestations féminines éclatèrent : voiles brûlés, cheveux coupés. Avant elle, Neda Agha-Soltan avait déjà marqué les esprits, tuée en 2009 lors de manifestations. Année après année, les femmes se révoltent sans jamais céder. Quiconque parie sur leur soumission ignore une vérité simple: «Ne réprimez pas la femme sincère, car sa rébellion est dévastatrice.»
En Iran, la femme se dresse, cigarette en main, face aux portraits du guide suprême Ali Khamenei. Ce geste choque, mais exprime surtout le défi ultime lancé au pouvoir politique et religieux. Et plus les corps tombent, plus leur colère grandit et revenir en arrière devient impensable.
L’État a même tenté de créer des «insurgés» pour affronter ces révoltées : femme contre femme, homme contre femme. Mais ces figurants, surgis de nulle part, n’ont pas réussi à briser la détermination des jeunes. La révolution puise toujours sa force dans sa jeunesse, et l’âme de cette jeunesse est féminine.
La femme fait tourner le monde. En Égypte, les places publiques se sont remplies de femmes. Les autorités ont tenté de manipuler le mouvement en infiltrant des mercenaires pour ternir l’image de la révolution. Les femmes, encore une fois, furent le fer de lance, parfois le bouc émissaire.
La révolution est féminine. Les femmes deviennent des icônes dans nos pays arabes. Combien ont péri pour la liberté et la justice ? Les régimes subsistent, mais leur vitalité est morte. Souvenez-vous des Libanaises en 2019, de Jocelyne Khoury, du rôle des femmes dans la révolution du 17 octobre. Les révoltes légitimes, nées de l’injustice, sont toujours belles.
En Iran aujourd’hui, le chemin des femmes insurgées n’est pas pavé de roses. Le régime, nourri d’injustice, peut temporairement réprimer et militariser la révolution, mais à long terme il échouera. Une cigarette en a allumé une autre, puis une troisième, puis une quatrième. Des milliers de femmes y ont soufflé l’injustice, renforçant leur certitude : le pouvoir fondé sur l’oppression ne dure jamais.
Liberté ou mort, telle est l’histoire de nombreuses femmes et hommes lorsque les révolutions éclatent. Certaines ont été vendues comme esclaves, des milliers de Yézidies ont disparu. Mais chaque injustice n’a fait qu’accroître leur détermination et leur révolte. Le mouvement des femmes kurdes et iraniennes aujourd’hui en est la preuve vivante.



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