Les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne s’apprêtent à signer samedi au Paraguay un traité créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, après plus de 25 ans de négociations et malgré les inquiétudes du monde agricole.
La Commission européenne négocie cet accord depuis 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). Vendredi à Bruxelles, une majorité d’États européens a soutenu le traité, malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France.
Ensemble, les deux blocs représentent 30% du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs.
La signature de l’accord aura lieu à 12H00 heure locale (15H00 GMT) à Asuncion, la capitale du Paraguay, qui exerce la présidence tournante du bloc sud-américain auquel appartient également la Bolivie.
Avant Asuncion, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendra à Rio de Janeiro vendredi avec Antonio Costa, le président du Conseil européen, afin d’y rencontrer le président Luiz Inacio Lula da Silva. Une conférence de presse conjointe est prévue vers 13H30 heure locale (16H30 GMT).
Lula a joué un rôle crucial dans l’avancée du traité mais n’a pas réussi à le faire signer en décembre au Brésil, qui exerçait alors la présidence tournante du Mercosur.
Le dirigeant n’assistera pas à la signature de l’accord samedi, a indiqué jeudi à l’AFP une source au sein de la présidence brésilienne.
Cette source explique son absence par le fait qu’il était prévu au départ que cet événement serait au niveau ministériel côté latino-américain, mais que les présidents ont été invités par le Paraguay «à la dernière minute».
Le président du Paraguay, Santiago Peña, et son homologue uruguayen Yamandu Orsi assisteront à la signature. Le président argentin Javier Milei pourrait également être présent.
«Troisième voie»
Pour le Brésil, première économie d’Amérique latine, ce traité «est essentiel afin de montrer qu’il existe une troisième voie» en plus des États-Unis et la Chine, souligne Luciana Ghiotto, docteure en sciences sociales de l’Université de Buenos Aires, interrogée par l’AFP.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l’accord.
Ce traité «est celui qui a pris le plus de temps de négociation au niveau mondial et la précipitation pour le conclure est liée au gouvernement de Donald Trump et à l’application massive de droits de douane» sur les produits importés par les États-Unis, relève l’experte.
Les Vingt-Sept aussi y trouvent leur compte. «Pour l’UE, c’est une manière de renforcer son autonomie et sa place en tant qu’acteur important à l’échelle internationale», estime Alejandro Frenkel, politologue à l’université nationale de San Martin en Argentine.
Ce traité permet en outre au Mercosur de signaler «une avancée dans un contexte de crise et de fragmentation interne» du bloc sud-américain, selon M. Frenkel.
Protestations
En supprimant une large part des droits de douane, l’accord favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages.
Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.
Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’UE, faute de contrôles suffisants.
Pour ses partisans, il permettra au contraire de relancer une économie européenne à la peine et de soigner les relations diplomatiques avec l’Amérique latine.
Des milliers d’agriculteurs ont manifesté ces derniers jours en France, en Pologne, en Irlande ou encore en Belgique.
Dans l’espoir d’amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.
Le gouvernement français, qui s’est opposé à l’accord, a surmonté mercredi deux motions de censure déposées à l’Assemblée nationale par les partis de gauche radicale LFI et d’extrême droite RN.
Après la signature, le traité commercial devra encore être ratifié par le Parlement européen. Le scrutin pourrait être serré, même si une majorité semble favorable à l’accord.
Dès mercredi prochain, les eurodéputés se prononceront sur une éventuelle saisine de la justice contre cet accord, laquelle permettrait de décaler de plusieurs mois sa ratification mais n’empêcherait pas une éventuelle application provisoire.
Avec AFP



Commentaires