Baabda-Louaïzé à l’épreuve d’un basculement démographique confessionnel
©Ici Beyrouth

La municipalité de Baabda-Louaïzé revoit sa copie. Elle s’attelle à l’élaboration d’un nouveau plan d’aménagement urbain, dans un contexte marqué par une hausse inhabituelle des demandes de permis de construire déposées par de grands investisseurs au cours des trois dernières années. Une dynamique qui n’a pas manqué d’alerter plusieurs responsables administratifs et politiques de la commune : quelque chose cloche.

Face à cette situation, la municipalité a choisi de marquer une pause. Elle a ainsi suspendu, pour une durée d’un an — jusqu’à fin 2026 —, vingt permis de construire, tout en conservant la possibilité d’accorder des autorisations à titre exceptionnel.

Selon des responsables locaux interrogés par Ici Beyrouth, cette décision vise à reprendre la main sur le développement urbain. Le rush observé ces dernières années a provoqué une flambée des prix du foncier, suivie d’une hausse marquée des prix des appartements. Résultat : les habitants originaires, en particulier les jeunes couples, se retrouvent progressivement exclus de l’accès au logement, faute de moyens financiers. Nombre d’entre eux ont été contraints de se replier vers les localités voisines, notamment Wadi Chahrour, Betchay et Furn el Chebbak.

Peu à peu, Baabda-Louaïzé se vide de ses habitants de souche. Consciente de cet enjeu, la municipalité étudie un partenariat avec des investisseurs privés afin de développer des logements à prix abordables réservés aux résidents originaires. Les autorités locales justifient également leur démarche par la nécessité d’un réaménagement maîtrisé, afin d’éviter que cette commune prisée pour sa position géographique ne se transforme en une succession de blocs de béton, au détriment de son équilibre urbain et social.

Recomposition du tissu confessionnel
Au-delà des considérations urbanistiques et de la version officielle justifiant la suspension de permis de construire, un autre débat traverse la commune. Baabda-Louaïzé, historiquement à prédominance chrétienne — 85 % de ses habitants originaires étant maronites —, connaît une recomposition progressive de son tissu confessionnel. Ces dernières années, des promoteurs chiites disposant d’importantes liquidités ont acquis à grande échelle des appartements et des terrains. Si les achats individuels ne suscitent pas d’inquiétude particulière, les projets immobiliers d’envergure, axés sur des résidences de grand standing accessibles aux seules grosses fortunes en cash, alimentent les craintes d’un basculement durable.

Des enjeux politiques et sociaux sensibles
Dans un pays comme le Liban, où les équilibres institutionnels reposent sur des quotas confessionnels, l’évolution démographique d’une commune n’est jamais neutre. Un changement de majorité pourrait influencer la représentation politique locale, les choix municipaux, les alliances et la répartition des ressources. Il pèserait également sur les dynamiques sociales, les appartenances communautaires et les relations interconfessionnelles.

Autrement dit, le basculement confessionnel ne se résume pas à une affaire de chiffres : il façonne le quotidien, les usages et l’identité collective de la commune.

Pluralité : richesse ou fragilité ?
« Si Baabda passait d’une majorité chrétienne à une majorité chiite, l’identité collective de la localité s’en trouverait profondément modifiée, notamment au niveau des associations, des écoles et des pratiques religieuses », estime Ralph, 20 ans, natif et résident de la commune. Il redoute une coexistence fluctuante entre chrétiens et chiites, susceptible d’osciller, selon les circonstances, entre coopération mesurée et tensions sociales accrues.

À l’inverse, Nada, la quarantaine, se félicite du caractère pluriconfessionnel de Baabda, qui accueille également des résidents druzes, sunnites et d’autres confessions, y voyant une richesse. Elle met toutefois en garde contre tout déséquilibre démographique — générationnel, migratoire ou résidentiel — susceptible d’exercer une pression accrue sur le logement, de durcir la concurrence sur le marché de l’emploi et de raviver des tensions sociales et sécuritaires.

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