Iran: Trump menace les partenaires de Téhéran de sanctions
Des manifestants opposés au régime iranien brûlent une image de l’ayatollah Ali Khamenei lors d’un rassemblement devant l’ambassade d’Iran, dans le centre de Londres, le 12 janvier 2026. ©Henry Nicholls / AFP

Le président américain Donald Trump a annoncé lundi l’instauration immédiate de droits de douane de 25% contre tout pays commerçant avec l’Iran, alors que la répression des manifestations antigouvernementales a fait, selon des ONG, plus de 600 morts en moins de trois semaines. 

Une sanction commerciale annoncée comme «définitive»

Dans un message publié lundi sur son réseau Truth Social, Donald Trump a déclaré que «tout pays faisant des affaires avec la République islamique d’Iran devra payer un droit de douane de 25% sur toute activité commerciale avec les États-Unis». «Cette décision est définitive et prend effet immédiatement», a-t-il ajouté, sans préciser le cadre juridique ou les modalités d’application de la mesure 

Cette annonce vise directement les principaux partenaires commerciaux de l’Iran, au premier rang desquels la Chine, mais aussi les Émirats arabes unis, l’Irak, la Turquie et l’Inde. Pékin a rapidement dénoncé des «sanctions unilatérales illégales» et affirmé qu’il prendrait «toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts légitimes».

Des manifestations pro-régime pour reprendre la rue

Cette annonce intervient alors que l’Iran est secoué par un vaste mouvement de contestation déclenché le 28 décembre sur fond d’effondrement économique et de colère sociale. Lundi, les autorités ont organisé de grandes manifestations de soutien au pouvoir à Téhéran et dans plusieurs grandes villes du pays.

À l’appel du président Massoud Pezeshkian, des milliers de personnes ont envahi la place de la Révolution, au cœur de la capitale, selon les images diffusées par la télévision d’État. Drapée de drapeaux iraniens, la foule scandait des slogans hostiles aux États-Unis, dont «Mort à l’Amérique», et rendait hommage aux membres des forces de sécurité tués dans ce que le gouvernement qualifie d’«émeutes»

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a salué cette mobilisation comme un «avertissement» adressé à Washington, affirmant que «la nation iranienne est forte, consciente de ses ennemis et présente sur tous les fronts».

Plus de 600 morts selon les ONG

Dans le même temps, les organisations de défense des droits humains dressent un tableau alarmant. L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme avoir confirmé la mort d’au moins 648 manifestants, dont neuf mineurs et fait état d’environ 10.000 arrestations depuis le début du mouvement.

De son côté, l’agence Human Rights Activists News Agency (HRANA) recense 646 morts confirmés, parmi lesquels 505 manifestants, 133 membres des forces de sécurité, un procureur et plusieurs civils non manifestants. L’organisation précise que 579 autres décès sont encore en cours de vérification, laissant craindre un bilan bien plus lourd.

«Ces chiffres ne représentent qu’un minimum», souligne HRANA, évoquant des informations non confirmées faisant état de plusieurs milliers de morts.

De son côté l’agence officielle d’informations, Tasnim, faisait état mardi de 109 morts parmi les forces de l’ordre.

Black-out total des communications

Depuis plusieurs jours, l’Iran est plongé dans un black-out quasi total des communications. Selon le groupe de surveillance NetBlocks, l’internet est coupé depuis plus de 100 heures, tandis que les appels téléphoniques sont fortement perturbés.

Cette situation rend extrêmement difficile la collecte et la vérification d’informations indépendantes. Des images authentifiées par l’AFP montrent des dizaines de corps enveloppés dans des sacs mortuaires devant une morgue de Téhéran, tandis que des familles cherchent désespérément des proches disparus.

Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), basé à New York, affirme que les hôpitaux sont «débordés» par l’afflux de blessés et que les réserves de sang diminuent dangereusement.

Washington étudie des options militaires

À Washington, la pression monte. Selon des responsables du Pentagone cités par CBS News et la BBC, Donald Trump a été briefé sur une large gamme d’options, incluant des frappes aériennes de longue portée, des opérations cybernétiques et des actions visant à perturber les structures de commandement iraniennes.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé que «de nombreuses options» étaient à l’étude, tout en rappelant que «la diplomatie reste la première option pour le président». Elle a toutefois averti que Donald Trump n’hésiterait pas à recourir à la force «s’il le juge nécessaire».

Les autorités américaines ont par ailleurs appelé leurs ressortissants à quitter l’Iran ou à préparer un départ sans assistance gouvernementale.

Téhéran se dit prêt à négocier, mais «préparé à la guerre»

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé que l’Iran «ne cherche pas la guerre», tout en étant «entièrement préparé» à un conflit. Il a confirmé que des canaux de communication restaient ouverts avec Washington et que des discussions restaient possibles.

Donald Trump a pour sa part déclaré que les dirigeants iraniens avaient récemment contacté les États-Unis pour proposer de nouvelles négociations. «Ils veulent négocier, mais nous pourrions devoir agir avant toute rencontre», a-t-il averti, disant recevoir des briefings «heure par heure».

Isolement diplomatique et appels de l’opposition

Les condamnations internationales se multiplient. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé une «violence d’État qui frappe aveuglément» les manifestants, tandis que Londres a qualifié la répression d’«horrible». L’Union européenne envisage de nouvelles sanctions, alors que la Russie dénonce des «tentatives d’ingérence extérieure».

Les autorités iraniennes ont convoqué les ambassadeurs d’Allemagne, de France, d’Italie et du Royaume-Uni pour protester contre leur soutien aux manifestants. La France a également évacué une partie du personnel non essentiel de son ambassade à Téhéran.

Depuis les États-Unis, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, a appelé les forces armées iraniennes à «se tenir aux côtés du peuple». Dans une interview à CBS News, il a exhorté Donald Trump à intervenir «plus tôt» pour limiter le nombre de morts, estimant que «la ligne rouge a été clairement franchie par ce régime».

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