L’Iran coupé du monde numérique
©Ici Beyrouth

Le quasi-blackout d’Internet en Iran entrait ce lundi 12 janvier dans son quatrième jour consécutif, plongeant une grande partie de la population dans un isolement numérique, alors que les autorités intensifiaient leurs efforts pour réprimer l’une des vagues de contestation les plus importantes de ces dernières années.

Le blocage, commencé tard jeudi 8 janvier, a réduit la connectivité nationale à environ 1 % de son niveau normal, selon le groupe de surveillance NetBlocks.

Si l’Iran a déjà eu recours à des coupures d’Internet, notamment lors des manifestations de novembre 2019, surnommées le « Novembre sanglant », et des protestations « Femme, Vie, Liberté » de 2022, les experts en cybersécurité décrivent les mesures actuelles comme un niveau inédit de répression étatique. Cette coupure est plus étendue que jamais. Les analyses des réseaux locaux et les mesures de connectivité externe montrent un effondrement du trafic à des niveaux quasi nuls sur tout le territoire, la plupart des services mobiles, SMS et fixes étant également perturbés.

Mesures inédites contre la connectivité satellite

Les analystes rapportent qu’en plus de couper les réseaux terrestres, les autorités iraniennes semblent perturber les communications par satellite, y compris Starlink, le service Internet par satellite de SpaceX, qui pourrait autrement fonctionner indépendamment des infrastructures locales. Des brouillages ciblant les signaux Starlink ont été observés, provoquant des pertes de connexion importantes et une grande instabilité pour les utilisateurs équipés.

Amir Rashidi, expert en cybersécurité et droits numériques et directeur du Miaan Group, qualifie ces mesures de hautement sophistiquées et sans précédent dans le cadre des coupures d’Internet en Iran. Contrairement à certaines coupures précédentes, où le Réseau national d’information contrôlé par l’État restait partiellement actif pour assurer le fonctionnement des services gouvernementaux, il semble que les réseaux internes et externes soient désormais quasiment hors service dans une grande partie du pays. La perturbation des services bancaires, des plateformes numériques locales et de la connectivité essentielle rend la vie quotidienne encore plus difficile pour les citoyens.

Médias muselés, informations sévèrement restreintes

Le blackout a paralysé le journalisme indépendant en Iran. Des agences comme Reuters et l’Associated Press rapportent que les moyens de communication habituels restent indisponibles dans de larges parties du pays, obligeant le reste du monde à se contenter de témoignages fragmentaires et de rares déclarations officielles. Les médias proches de l’État et les communiqués officiels sont parmi les seules sources d’information régulières, tandis que de nombreux correspondants internationaux et journalistes locaux peinent à transmettre des nouvelles. Al Jazeera est également l’un des rares médias étrangers capables d’assurer des reportages en direct par satellite depuis l’intérieur du pays.

Dans une allocution diffusée sur les réseaux, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a assuré que la situation était sous contrôle. Il a refusé de qualifier le mouvement de manifestation populaire, le présentant plutôt comme une « guerre terroriste » orchestrée par des ennemis extérieurs. Araghchi a ajouté que l’accès à Internet serait rétabli prochainement, en coordination avec les autorités de sécurité, à commencer par les ambassades et les ministères, sans préciser de calendrier pour le reste de la population.

Trump envisage l’option Starlink

À Washington, le président américain Donald Trump a indiqué qu’il prévoyait de discuter avec Elon Musk de la possibilité d’utiliser Starlink pour aider à rétablir l’accès à Internet en Iran, selon Reuters. Trump a souligné les capacités de Starlink, sans pour autant annoncer de plan officiel. Starlink fournit un accès Internet via des satellites en orbite basse et ne dépend pas des infrastructures terrestres contrôlées par les autorités iraniennes. Son utilisation en Iran reste toutefois non autorisée et pourrait exposer les utilisateurs à de sérieux risques juridiques.

Les défenseurs des droits numériques préviennent que, même si Internet par satellite peut offrir un moyen de communication limité, ce n’est pas une solution complète pour rétablir la connectivité sur tout le pays, faute d’accès suffisant au matériel et de circuits de distribution sécurisés. Selon des observateurs, dont NetBlocks, cette coupure montre à quel point le contrôle d’Internet est devenu un outil central du pouvoir en Iran, non seulement pour restreindre l’information, mais aussi pour influencer ce qui se passe sur le terrain pendant les manifestations. Les organisations de défense alertent également que tant que les infrastructures de communication restent systématiquement démantelées, il devient de plus en plus difficile de documenter d’éventuels abus. Ce blackout ne peut donc pas être vu seulement comme une simple panne technique, mais comme une mesure stratégique à un moment critique.

 

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