Les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont officiellement fondées le 10 octobre 2015 au nord de la Syrie, en pleine guerre contre l’État islamique (EI), qui était alors en position dominante dans l’est et le nord de la Syrie. Leur création répond à une nécessité stratégique : fournir à la coalition internationale conduite par les États-Unis un partenaire local unifié, capable de coordonner des opérations militaires terrestres face à l’EI. Leur objectif affiché est également de créer une Syrie laïque, démocratique et fédérale afin d’accroître l’autonomie des Kurdes.
Dès l’origine, les FDS se présentent comme une alliance multi-ethnique, rassemblant des forces kurdes, arabes sunnites et chrétiennes, même si leur ossature repose clairement sur les Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du mouvement kurde syrien. Autour des YPG gravitent les Unités de protection de la femme (YPJ), ainsi que plusieurs factions arabes issues de l’Armée syrienne libre, des brigades tribales locales et des milices syriaques chrétiennes, intégrées progressivement à la coalition.
Une structure dominée par les Kurdes, mais élargie aux forces locales
Sur le plan organisationnel, les FDS fonctionnent comme une coalition centralisée, dotée d’un commandement général, tout en s’appuyant sur des conseils militaires régionaux chargés de gérer les forces locales dans chaque zone. Parmi les principales composantes figurent les conseils militaires de Raqqa, Manbij, Deir ez-Zor et Tabqa, censés encadrer la participation arabe dans des régions à majorité non kurde.
Le commandement en chef est assuré par Mazloum Abdi, ancien cadre des YPG, devenu interlocuteur privilégié de Washington. Si les FDS mettent en avant leur diversité ethnique, les YPG restent la force la mieux organisée, la plus expérimentée et la plus influente au sein de la coalition, ce qui alimente des critiques sur un déséquilibre réel du pouvoir interne.
Les estimations sur le nombre de combattants varient selon les sources, mais les FDS compteraient entre 50 000 et 100 000 combattants, hommes et femmes confondus. Les variations s’expliquent par la nature mouvante de la coalition, l’intégration de forces locales temporaires et l’existence de milices affiliées mais non permanentes.
À ces forces combattantes s’ajoutent des unités de sécurité intérieure, chargées du maintien de l’ordre dans les zones contrôlées par les FDS, ainsi que des gardes affectés à la surveillance des prisons et camps abritant des milliers de détenus liés à l’EI, un enjeu sécuritaire majeur pour la coalition.
Un arsenal façonné par le soutien occidental
L’arsenal des Forces démocratiques syriennes repose avant tout sur des armes légères et moyennes, adaptées à des combats asymétriques et à des opérations de contrôle territorial. Grâce au soutien militaire de la coalition internationale, les FDS sont équipées de fusils d’assaut de fabrication américaine (M4 et M16), de mitrailleuses, de lance-roquettes et de mortiers légers. Elles disposent également de véhicules blindés et tactiques, principalement des Humvee, utilisés pour le transport de troupes et les opérations rapides dans les zones désertiques de l’est syrien.
À ces équipements s’ajoutent des systèmes antichars portables, fournis dans le cadre de la lutte contre l’organisation État islamique, ainsi que du matériel de vision nocturne et de communication, un avantage notable face à des groupes insurgés moins équipés. Une partie de leur armement provient également de prises de guerre réalisées lors des combats contre l’EI, notamment dans les batailles de Raqqa et de Deir ez-Zor, contribuant à un arsenal hétérogène mêlant matériel occidental, soviétique et artisanal.
Contrairement à certaines armées régulières de la région, les FDS ne disposent pas de capacités aériennes propres. Elles ont longtemps compensé cette faiblesse par l’appui aérien et le renseignement fournis par les États-Unis et leurs alliés. En parallèle, les FDS ont développé ces dernières années l’usage de drones de courte portée de fabrication locale. Utilisés d’abord pour la reconnaissance et la surveillance, certains de ces appareils ont également été adaptés à des usages offensifs, notamment pour le largage de charges explosives légères ou des attaques de type kamikaze.
Enfin, les FDS s’appuient sur un important dispositif de sécurité interne, distinct des unités de combat. Ces forces, chargées de la protection des villes, des infrastructures pétrolières et des prisons abritant des milliers de détenus liés à l’EI, constituent un volet essentiel de leur appareil sécuritaire. Si leur arsenal reste limité face à une armée étatique classique, il s’avère suffisant pour maintenir un contrôle territorial durable, tant que le soutien logistique et technologique de leurs alliés occidentaux se poursuit.
Un « mini-État » au nord-est
Au terme de dix années de guerre, les Forces démocratiques syriennes (FDS) exercent un contrôle effectif sur une vaste zone du nord-est syrien, couvrant près d’un tiers du pays. Ce territoire s’étend sur la majeure partie du gouvernorat de Hassaké, une grande partie de Raqqa (incluant la ville, ancien bastion de l’EI), ainsi que des portions des gouvernorats de Deir ez-Zor et d’Alep à l’est de l’Euphrate. Cette zone englobe également des secteurs agricoles et stratégiques, tels que le barrage de Tishreen, les champs pétroliers et gaziers qui représentent environ 70 % des réserves énergétiques syriennes.
Même si la coalition a perdu certaines positions à l’ouest de l’Euphrate face à des offensives turques et de leurs alliés, notamment la cité de Manbij reprise fin 2024, les FDS ont consolidé leur présence sur la rive orientale, imposant une administration autonome de facto.
Hostilités avec la Turquie
Les relations entre les FDS et la Turquie restent profondément hostiles. Ankara assimile les composantes kurdes des FDS, surtout le noyau YPG, au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’elle qualifie de « groupe terroriste ». Cette perception a motivé plusieurs opérations transfrontalières turques dans le nord de la Syrie visant à éloigner les forces kurdes de sa frontière, à empêcher l’émergence d’un couloir autonome kurde et à sécuriser une « zone tampon » profonde de 30 km.
Entre fin 2024 et avril 2025, une offensive coordonnée par la Turquie et ses supplétifs syriens a permis de repousser les FDS dans plusieurs secteurs du gouvernorat d’Alep, y compris la prise de Manbij et de Tell Rifaat, deux positions tenues par les FDS depuis des années. Malgré ces pertes, la coalition a réussi à conserver des points stratégiques comme le barrage de Tishreen et le pont de Qara Qozak.
Des relations tendues avec Damas
Après la chute de Bachar al-Assad en 2024 et l’émergence d’un gouvernement de transition à Damas dominé par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), les relations entre les FDS et le nouveau régime restent tendues.
Malgré la signature d’un accord historique en mars 2025 visant à intégrer les FDS dans l’armée syrienne et à transférer à l’État central le contrôle des points frontaliers, aéroports et champs pétroliers du nord-est, les discussions entre les deux parties restent, neuf mois après, au point mort. Les deux parties s’accusent mutuellement de rester accrochés à leur position et de ne faire preuve d’aucune volonté d’association.
En outre, depuis le 6 janvier 2026, de violents affrontements opposent les forces de sécurité intérieures kurdes (Assayish) et le nouveau régime à Alep, alors que les forces kurdes sont retranchées dans les quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh.



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