L’ancien président vénézuélien Nicolas Maduro a comparu lundi devant un tribunal fédéral de Manhattan, quelques jours après sa capture spectaculaire par l’armée américaine à Caracas. Déchu du pouvoir et transféré à New York, le dirigeant de 63 ans est poursuivi pour narcoterrorisme et trafic international de cocaïne, des accusations qu’il rejette catégoriquement. «Je suis innocent, je ne suis pas coupable. Je suis un homme honnête», a-t-il déclaré à l’audience, affirmant être «toujours le président» du Venezuela.
Vêtu d’un uniforme de prison bleu, Nicolas Maduro est apparu brièvement devant le juge fédéral Alvin K. Hellerstein, aux côtés de son épouse Cilia Flores, elle aussi inculpée. Les deux ont plaidé non coupable. La prochaine audience a été fixée au 17 mars, ouvrant une longue bataille judiciaire, notamment autour de la légalité de son arrestation et de son éventuelle immunité en tant qu’ancien chef d’État — un statut que Washington lui conteste.
Des accusations de «narco-État»
Les poursuites s’inscrivent dans un dossier ouvert dès 2020 par la justice américaine. Selon l’acte d’accusation dévoilé samedi, Nicolas Maduro aurait dirigé pendant plus de vingt ans un réseau étatique de trafic de drogue, en lien avec certaines des organisations criminelles les plus violentes au monde : les cartels mexicains de Sinaloa et des Zetas, l’ancienne guérilla colombienne des FARC, ainsi que le gang vénézuélien Tren de Aragua.
Les procureurs du Southern District de New York accusent l’ex-président d’avoir utilisé les institutions de l’État — armée, services de renseignement, infrastructures présidentielles — pour acheminer des milliers de tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Il est également poursuivi pour conspiration, importation de cocaïne, possession d’armes lourdes et d’engins destructeurs, des chefs d’inculpation passibles de peines allant jusqu’à la prison à vie.
L’acte d’accusation affirme que Maduro aurait été impliqué dans ces activités dès son entrée à l’Assemblée nationale en 2000, puis comme ministre des Affaires étrangères entre 2006 et 2013. À cette époque, il aurait notamment vendu des passeports diplomatiques à des trafiquants et facilité des vols couverts par l’immunité diplomatique pour le transport d’argent issu de la drogue.
Un choc politique à Caracas
La capture de Nicolas Maduro constitue l’intervention américaine la plus controversée en Amérique latine depuis l’invasion du Panama en 1989. Washington considère l’ex-dirigeant comme un président «illégitime» depuis l’élection de 2018, entachée selon les États-Unis de fraudes massives.
À Caracas, la situation reste explosive. Lors de l’ouverture d’une nouvelle session de l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont scandé «Allez Nico» en soutien à l’homme fort déchu. À New York, devant le tribunal, partisans et opposants se sont fait face. «C’est le plus beau cadeau d’anniversaire de ma vie», a lancé un manifestant anti-Maduro, remerciant Donald Trump pour l’opération militaire.
Une transition sous pression américaine
Nommée dirigeante par intérim après l’opération, Delcy Rodríguez a affirmé vouloir coopérer avec Washington dans un cadre «équilibré et respectueux». Donald Trump l’a toutefois avertie qu’un refus de coopération entraînerait des sanctions sévères.
Alors que le procès s’annonce long et politiquement explosif, l’affaire Maduro pourrait redessiner durablement l’avenir du Venezuela — et les rapports de force entre Washington et l’Amérique latine.



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