Pierre Lemaitre défend la fiction à l’ère de l’intelligence artificielle
L’écrivain français Pierre Lemaitre pose lors d’une séance photo à Paris, le 17 janvier 2025. ©Thibaud MORITZ / AFP

Fidèle à son rythme annuel, Pierre Lemaitre publie Les belles promesses, un nouveau roman qui poursuit sa vaste fresque consacrée au XXᵉ siècle. À l’heure des progrès de l’intelligence artificielle, l’écrivain français revendique le rôle irremplaçable de la fiction et du romancier «artisan», porté par un succès populaire qui ne se dément pas.

Pierre Lemaitre est fidèle: comme tous les ans, le romancier français sort un nouveau livre, porté par un succès populaire qui démontre, selon lui, que l'homme garde un «besoin irrépressible de fiction» auquel ne peut répondre l'intelligence artificielle, pour le moment.

«Les romanciers ont encore un peu d'avance sur l'IA», estime Pierre Lemaitre. «Combien de temps? Je ne sais pas. Mais, aujourd'hui, je ne vois pas l'IA être capable d'inventer une forme moderne et attirante de roman», ajoute l'auteur à l'AFP à l'occasion de la sortie de son roman Les belles promesses (Calmann-Lévy), en librairie le 6 janvier.

Quels que soient les progrès de la machine, l'auteur de 75 ans veut continuer à écrire «comme un artisan», tant que sa santé le lui permettra.

Il s'est fixé un objectif: raconter le XXᵉ siècle en 10 romans. Sept ont désormais été publiés depuis Au revoir là-haut, un immense best-seller récompensé par le prix Goncourt en 2013.

Et pourtant, lorsqu'il annonce son ambition de «feuilletonner le XXe siècle», comme ont pu le faire Alexandre Dumas ou Roger Martin du Gard, «personne n'y a cru», se souvient-il.

Mais Pierre Lemaitre est persuadé du pouvoir de séduction de la «littérature populaire»: «Les lecteurs aiment qu'on leur raconte des histoires, ce que permettent les grandes sagas romanesques».

«Ma conviction profonde, c'est que le besoin de fiction ne se tarira jamais», avance-t-il. Car, depuis l'Antiquité et la mythologie, la fiction a «toujours été une manière de décrypter le réel».

Fort tirage

Pour l'auteur, l'IA devrait être bientôt capable d'écrire un roman pouvant être de Pierre Lemaitre: «si on rentre dans son corpus mes 17 romans, elle va faire l'analyse du style et de leur construction, et les reproduire».

Mais, «pour l'instant, l'IA est incapable d'inventer Pierre Lemaitre», ajoute-t-il. En prenant l'exemple de  Au revoir là-haut, un roman qui «est un peu un ovni» car «j'ai pris la guerre de 1914-18 un peu de biais, en partant de faits peu connus».

L'auteur entend appliquer la même méthode pour la trilogie à venir, qui fera revivre les décennies 1970 et 80, jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989.

Il y mettra en scène la troisième génération des Pelletier, la famille au cœur de la saga, qui sera plongée dans cette «période paradoxale». «Avec d'un côté une France qui souffre énormément des grands plans de restructuration dans le Nord et l'Est, et de l'autre une génération rock assez scintillante», rappelle-t-il.

«Durant ces 20 ans, le pays est passé du bourgeoisisme pompidolien à la pseudo-modernité giscardienne, qui a fini par céder sous les coups de boutoir de la gauche de François Mitterrand, qui vire ensuite à droite», résume le romancier.

Pierre Lemaitre n'a pas l'intention d'aller plus loin en inventant la vie des Pelletier au XXIe siècle. «La période actuelle n'est pas claire. Mais aucune n'est facile à décrire lorsque vous la vivez. Il est préférable d'avoir un recul de quelques décennies», explique-t-il.

Le roman Les belles promesses, tiré à 250 000 exemplaires, s'annonce comme un best-seller de la rentrée d'hiver. Les trois premiers tomes de la tétralogie des Années glorieuses se sont jusqu'à présent écoulés à 1,5 million d'exemplaires en grand format et en poche, selon des chiffres de l'institut GfK donnés par l'éditeur.

Par Jérôme RIVET / AFP

 

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