Le Liban encore relégué au second plan derrière l’agenda régional du Hezbollah

Naïm Kassem, secrétaire général du Hezbollah, a livré un discours largement tourné vers la glorification de l’axe dit « de la résistance », au détriment des urgences libanaises, confirmant une nouvelle fois la subordination des priorités nationales à l’agenda régional du mouvement.

Derrière un appel formel au dialogue et à la souveraineté, Naïm Kassem a soigneusement évité toute remise en question du monopole des armes détenues par le Hezbollah. Il a conditionné le débat sur la stratégie de défense à la fin du conflit avec Israël, au retrait israélien et à la reconstruction, repoussant indéfiniment la question centrale de l’autorité de l’État. Une position qui neutralise de facto toute perspective de souveraineté effective et perpétue un déséquilibre institutionnel dénoncé par une large partie de la classe politique et de la société civile.

Le chef du Hezbollah a une nouvelle fois présenté la relation avec l’Iran comme « désintéressée », niant toute contrepartie politique ou stratégique. Un discours en décalage avec la réalité géopolitique du Liban, dont l’isolement diplomatique, les sanctions indirectes et l’exposition sécuritaire sont largement liés à l’intégration du Hezbollah dans les conflits régionaux pilotés par Téhéran.

Sur le plan économique et institutionnel, les appels à la restitution des fonds des déposants, au renforcement de l’armée et à la tenue des élections législatives contrastent avec le rôle du Hezbollah dans le blocage des réformes, la paralysie de l’État et la protection d’un système politique responsable de l’effondrement financier depuis 2019. Aucune autocritique, aucune responsabilité assumée.

En filigrane, le discours confirme que le Hezbollah se conçoit moins comme un acteur libanais soumis à l’État que comme un maillon d’un projet régional transnational, acceptant que le Liban demeure un champ de confrontation indirecte avec Israël et les États-Unis, au prix de sa stabilité, de son économie et de sa souveraineté.

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