En déposant une plainte auprès du Conseil de sécurité contre les raids israéliens, l’État libanais a une nouvelle fois affirmé sa volonté d’engager un processus de négociation avec Israël, en vue d’obtenir son retrait et de mettre fin aux hostilités. Une démarche à la fois audacieuse et inattendue, surtout si l’on se souvient du climat qui prévalait avant le 7 octobre.
À cette époque, il faut le rappeler, évoquer la paix, la neutralité ou même l’arrêt de la guerre était assimilé à une normalisation avec Israël, et considéré comme un acte de haute trahison passible de poursuites judiciaires. Plusieurs journalistes libanais, intervenant sur des chaînes arabes, avaient d’ailleurs fait l’objet de mandats d’arrêt pour avoir simplement interviewé un responsable israélien dans le cadre de leur travail.
Aujourd’hui, le Liban tente résolument à ouvrir la voie à des négociations avec Israël, après l’échec de Hezbollah, qui a entraîné le pays dans un conflit armé sans véritable mandat populaire. Le résultat est clair: le Liban a perdu cette bataille interne face à la formation pro-iranienne, laquelle persiste à nier la réalité et à s’accrocher à ses armes plutôt que de céder.
Il est naturel qu’Israël refuse pour l’instant d’entamer des pourparlers, estimant que la confrontation n’est pas encore tranchée. Ce qui semble envisageable aujourd’hui pourrait paraître totalement hors de propos demain, au gré de l’évolution des rapports de force. Israël choisit donc de temporiser, soit intensifiant ses frappes contre Hezbollah, soit en attendant que le gouvernement libanais adopte des mesures supplémentaires de nature à convaincre le Hezb de déposer définitivement ses armes.
Partant, négocier dès à présent— malgré l’opposition du Hezbollah — constitue l’option la plus avantageuse pour le Liban, et pour cause: les conditions actuelles restent bien plus favorables que celles qui seraient imposées si les raids et les frappes venaient à s’intensifier. Le Liban a donc tout intérêt à engager des pourparlers sans plus tarder, tandis qu’Israël, de son côté, préfère jouer la montre, attendant que la situation se durcisse pour affaiblir la position libanaise et aborder les pourparlers en position de force.
Dans ce contexte, le médiateur américain est appelé à jouer un rôle déterminant pour convaincre la partie israélienne de s’asseoir à la table des négociations. Mais la difficulté réside dans le fait que la partie libanaise reste imperméable aux mises en garde concernant les mesures militaires indispensables pour encadrer et contrôler les armes. La crédibilité du Liban repose désormais sur sa capacité à prouver qu’il maîtrise l’arsenal présent sur son territoire, offrant ainsi aux États-Unis un argument plus solide pour convaincre Israël d’entrer en négociation.



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