L’intelligence artificielle inquiète mais n’éclipsera jamais Miyazaki
Cette photo prise le 24 mars 2025 montre le réalisateur japonais d’animation Goro Miyazaki, fils de Hayao Miyazaki, lors d’un entretien avec l’AFP au Studio Ghibli à Tokyo. ©Kazuhiro Nogi / AFP

Face à l’essor de l’intelligence artificielle dans le secteur de l’animation, Goro Miyazaki défend l’âme irremplaçable du Studio Ghibli. Pour le fils du maître japonais, aucun algorithme ne saura égaler la profondeur des œuvres de son père.

L'intelligence artificielle (IA) pourrait prendre le travail des artistes japonais d'animation, mais rien ne pourra remplacer le talent d'Hayao Miyazaki, l'âme créatrice du Studio Ghibli, affirme son fils Goro à l'AFP.

Après la mise en ligne de la version actualisée de ChatGPT (GPT-4o), internet a été inondé d'images et de memes générés dans le style du fameux studio d'animation, à qui l'on doit notamment les films d'animation Mon voisin Totoro, Porco Rosso ou Princesse Mononoké.

"Il ne serait pas surprenant que, dans deux ans, un film (d'animation) soit entièrement réalisé par l'IA", affirme Goro Miyazaki, pour qui l'IA pourrait un jour "remplacer" les créateurs.
Cette vague d'images virales générées par le programme de l'entreprise OpenAI a d'ailleurs ouvert un débat sur la violation potentielle des droits d'auteur et l'utilisation de contenus pour développer ces logiciels. Mais lors d'un entretien réalisé fin mars dans les locaux du Studio Ghibli, à l'ouest de Tokyo, Goro Miyazaki se demande tout de même si le public serait prêt à regarder un film d'animation entièrement généré par l'IA.
Le réalisateur de 58 ans admet toutefois que les nouvelles technologies offrent "un fort potentiel pour l'émergence de talents inattendus". Le Japon est confronté à une pénurie d'animateurs qualifiés, notamment parce que la plupart d'entre eux survivent d'abord avec des emplois mal rémunérés pendant des années pour apprendre les ficelles du métier.

La Gen Z et le dessin

Pour le fils Miyazaki, la Gen Z (nés entre fin 1990 et début 2010), très au fait des technologies numériques, pourrait également progressivement rejeter le travail manuel. "De nos jours, le monde regorge d'occasions de regarder n'importe quoi, n'importe quand, n'importe où", ce qui rend plus difficile l'idée de vivre de l'acte physique de dessiner, ajoute-t-il.

Le père de Goro, qui créait en dessinant, a fondé le Studio Ghibli avec Isao Takahata en 1985, un an après avoir réalisé le film d'animation post-apocalyptique Nausicaä de la vallée du vent.
Après le décès de M. Takahata en 2018, Hayao Miyazaki, aujourd'hui âgé de 84 ans, a continué de réaliser des films d'animation avec le producteur Toshio Suzuki, 76 ans.

"Si ces deux personnes ne peuvent plus faire d'animation ou ne peuvent plus bouger, alors que se passera-t-il ?", s'interroge Goro Miyazaki, interrogé sur l'avenir du Studio Ghibli. "Ce n'est pas comme s'ils pouvaient être remplacés." Malgré son âge, Hayao Miyazaki a remporté le deuxième Oscar de sa carrière l'an dernier avec son film Le garçon et le héron, qui sera probablement son dernier long métrage. Les dessins animés sont communément destinés aux enfants, mais Takahata et Hayao, issus "de la génération qui a connu la guerre", ont inclus des éléments plus sombres qui plaisent aux adultes, selon Goro Miyazaki.
"Il n'y a pas que de la douceur, mais aussi de l'amertume et d'autres choses qui s’entrelacent magnifiquement dans l'œuvre", ajoute-t-il, décrivant une "odeur de mort" qui imprègne ces films.
"C'est ce qui donne toute la profondeur de ce travail." Pour les jeunes qui ont grandi en temps de paix, "il est impossible de créer quelque chose avec le même sens, la même approche et la même attitude que la génération de mon père", affirme Goro Miyazaki.

"Une insulte à la vie"

Alors que les images générées par l'IA dans le style Ghibli se multiplient en ligne, une vidéo d'Hayao Miyazaki datant de 2016 a refait surface, témoignant pour certains de son aversion pour la technologie.
"Je pense sincèrement que c'est une insulte à la vie même", exprimait alors le cofondateur du Studio Ghibli dans un documentaire de la télévision publique japonaise NHK. Il réagissait à une animation assistée par de l'IA d'une créature semblable à un zombie, qu'il a même qualifiée d'"extrêmement désagréable".

Le fils d'Hayao Miyazaki a, quant à lui, rejoint le Studio Ghibli en 1998 et a réalisé deux films d'animation, dont Les contes de Terremer en 2006 et La colline aux coquelicots en 2011.
Il a également supervisé le développement du musée Ghibli dans le quartier de Kichijoji à Tokyo et le parc Ghibli qui a ouvert ses portes en novembre 2022 dans la région d'Aichi (centre du Japon).
Enfant, Goro Miyazaki aimait dessiner et confie avoir beaucoup appris en regardant le travail de son père et de Takahata, même s'il ne "pensait pas pouvoir devenir un animateur" à la hauteur de leur talent.

"Ma mère, qui était animatrice, m'a également dit de ne pas poursuivre cette carrière car c'est un travail difficile et très prenant", raconte le réalisateur, ajoutant que son père Hayao était très rarement à la maison. "Mais j'ai toujours voulu faire quelque chose de créatif... et je pense que le métier de réalisateur me convient", ajoute-t-il.

Avec AFP

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