Beyrouth asphyxiée: quand les embouteillages empoisonnent la ville et ses habitants
Embouteillage à Dbayeh, dans la périphérie nord de Beyrouth ©Ici Beyrouth

Beyrouth est en proie à une congestion incessante qui affecte ses habitants chaque jour. Plus d’un million de véhicules circulent dans ses rues étroites, entraînant un défi majeur pour l’environnement, la santé publique et l’économie.

Il est 8 heures du matin à Beyrouth, et déjà, la ville se retrouve prise au piège des embouteillages. Plus d’un million de voitures circulent chaque jour dans la capitale, un chiffre colossal pour une ville dont la superficie ne dépasse pas les 20 km². Les rues étroites, les feux de signalisation mal synchronisés et l'absence de solutions de transport alternatif contribuent à un chaos quotidien. Ce phénomène, omniprésent et frustrant, n'est pas simplement une gêne passagère, mais un véritable défi pour la qualité de vie et la santé publique. Dans un Liban en pleine transition politique, la résolution des problèmes liés à la circulation figure parmi les priorités.

Un problème complexe

Les embouteillages à Beyrouth sont principalement dus à l'usage excessif des véhicules privés. Faute de solutions alternatives pour le transport, les habitants n'ont d'autre choix que d'utiliser leurs voitures, ce qui intensifie la congestion. De plus, la gestion du trafic est insuffisante, avec des feux de signalisation mal synchronisés, des infractions au Code de la route et des stationnements illégaux qui ralentissent la circulation et multiplient les bouchons.

Un autre facteur clé est la faiblesse du système de transport public. Le réseau de bus, limité et mal entretenu, est jugé peu fiable et ne constitue pas une alternative viable pour de nombreux habitants. Les zones périphériques, mal desservies par les transports en commun, forcent les habitants à utiliser leur voiture pour rejoindre le centre-ville, ce qui accentue la congestion. L'absence de métro ou de train urbain rend les déplacements en voiture presque incontournables, même pour de courts trajets.

En outre, les infrastructures routières ne sont pas adaptées à la croissance rapide de la population. Les routes détériorées et le manque d'aménagements pour piétons et cyclistes compliquent davantage la situation.

Enfin, l'urbanisation désorganisée de Beyrouth contribue grandement à la saturation des routes. De nouveaux quartiers résidentiels et commerciaux ont été construits sans tenir compte des besoins en transport. Les infrastructures existantes ne sont donc plus suffisantes pour supporter l'afflux de véhicules.

Un poison pour l'air de Beyrouth

Maher Abboud, expert en qualité de l'air, affirme à Ici Beyrouth que “les embouteillages ne sont pas seulement un problème de circulation, ils nuisent à notre santé et à notre planète”. Selon lui, “le trafic routier est la principale source de pollution en raison d’un parc automobile vieillissant et d’une forte densité de véhicules”. Ces voitures émettent des polluants comme “les particules fines, le dioxyde d'azote (NO₂) et le monoxyde de carbone (CO), qui dégradent l’air et augmentent les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires”, poursuit-il.

M. Abboud précise également que “Beyrouth, avec ses rues étroites et ses immeubles élevés, forme un canyon urbain où les polluants restent piégés, empêchant leur dispersion”. Ce phénomène est visible particulièrement lors des heures de pointe, lorsque la circulation est maximale, explique-t-il, soulignant que “les habitants sont constamment exposés à un air pollué, qu’ils soient à l’extérieur ou à l’intérieur de leurs maisons ou bureaux, ce qui affecte leur qualité de vie”.

Enfin, l’expert met en garde contre l'augmentation des gaz à effet de serre. “La circulation dense émet de grandes quantités de CO₂, ainsi que des gaz comme le méthane et les oxydes d'azote, renforçant l’effet de serre”, indique-t-il. “Beyrouth devient ainsi un acteur du changement climatique mondial”, avance-t-il. Ceci rend encore plus urgente la recherche de solutions de transport durables.

Un double piège pour les habitants

Jean-Paul Khairallah, membre de l’équipe internationale de santé publique à la Fédération internationale des associations d’étudiants en médecine (IFMSA), souligne que “les embouteillages à Beyrouth ont un impact direct sur la santé des habitants”. Lors d’une interview accordée à Ici Beyrouth, il précise que “les véhicules émettent des polluants, tels que des particules fines, du dioxyde d'azote et du monoxyde de carbone, qui pénètrent dans les poumons et provoquent des maladies respiratoires comme l’asthme et les bronchites chroniques, augmentant le risque de cancer du poumon et de maladies cardiovasculaires”.

Dans ce cadre, l’expert en santé publique insiste sur l'urgence d'agir, affirmant que “ces problèmes de santé liés à la pollution de l’air ne sont pas limités aux adultes, mais affectent aussi le développement des jeunes générations”. Il explique que “ces effets sur la santé physique soulignent la nécessité d’une approche globale visant à réduire les risques sanitaires à long terme”.

En plus des effets physiques, le stress engendré par la circulation a des conséquences sur la santé mentale. “La frustration et l’anxiété dues aux bouchons peuvent mener à des troubles comme l’anxiété ou la dépression”, déclare-t-il. Les résidents sont également affectés par cette situation, étant donné que “l’exposition au bruit constant perturbe le sommeil, affectant la concentration et accroissant l’irritabilité”, selon M. Khairallah. “Cela souligne la nécessité de mettre en place des solutions pour améliorer la circulation et la qualité de vie des habitants”, conclut-il.

Un fardeau économique

Interrogé par Ici Beyrouth, Jassem Ajjaka, expert en économie, souligne “les conséquences économiques graves des embouteillages dans la capitale”, dont le coût est évalué à “près de 2 milliards de dollars par an”. Il relève notamment “la surconsommation d’essence, puisque les véhicules roulant lentement dans les bouchons utilisent beaucoup plus de carburant que lorsqu’ils circulent normalement”.

L’expert souligne également “la perte de temps, qui affecte directement la productivité des travailleurs, notamment ceux payés à l’heure ou exerçant des métiers indépendants”. “Ce manque à gagner contribue à une diminution du PIB”, commente M. Ajjaka.

Il relève un autre impact économiquer: Les embouteillages accélèrent l’usure des infrastructures routières et des véhicules, générant ainsi des coûts supplémentaires pour leur entretien.

Il est clair que la ville ne peut plus se permettre d’ignorer l’urgence de réinventer son transport urbain. Beyrouth mérite mieux qu'un avenir bloqué par les bouchons.

 

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